Depuis le 25 mai 2012, l’Association des Journalistes Culturels du Bénin (AJCB) a un nouveau président. Elu par ses pairs lors de l’Assemblée Générale ordinaire organisée à la Médiathèque des diasporas, Fortuné SOSSA hérite d’une association qui peine à maintenir sa suprématie dans un contexte de création de nouveaux regroupements de journalistes culturels. Mais, pour les trois années que durera son mandat, le nouveau président élu semble avoir trouvé la formule magique pour redonner à l’AJCB toute sa renommée d’antan. Une formule qui peut se résumer en trois mots : Fédérer, Former, Faciliter. Entretien.

Pourquoi avoir décidé de vous porter candidat pour diriger l’AJCB ?

J’ai été candidat à ce poste parce que beaucoup de confrères ont vu en moi un leader. Ils ont vu en moi quelqu’un qui peut vraiment porter leur parole, leur projet et leur vision. Ils sont allés vers moi, ils m’en ont parlé. Il y a aussi le fait que j’ai un parcours non négligeable en tant que journaliste culturel. J’étais présent dans un certain nombre de rencontres de haut niveau en Afrique comme ailleurs. J’ai participé à bon nombre de festivals, de colloques. Et je suis quelqu’un qui prend la parole quand il s’agit de prendre la parole, qui fait des propositions que beaucoup trouvent quand même judicieuses. Après analyse, je me suis aussi dit que je peux prendre cette responsabilité et l’assumer jusqu’au bout. C’est ainsi que j’ai vraiment décidé de me présenter à l’élection et l’unanimité s’est fait autour de ma candidature.
Comment s’est déroulée l’élection ?

L’élection s’est déroulée à la médiathèque des diasporas qui abrite le siège de l’association, depuis sa création en 2000. C’était au cours d’une assemblée générale ordinaire statutaire. Tout le monde n’a pas pu y participer parce qu’il est dit clairement que pour être participant, il faut être à jour des cotisations. Certains n’ont pas pu payer leur cotisation et ils n’ont pas reçu mandat pour venir. Nous étions donc une vingtaine à prendre part à cette assemblée générale qui avait entre autre pour ordre du jour, le renouvellement du bureau. C’est à ce renouvellement du bureau qui s’est fait suivant les règles de l’art et par bulletin de vote secret que j’ai été élu président de l’association.

Vous êtes donc le nouveau président de l’AJCB depuis le 25 mai dernier. Qu’est ce qui va changer ?

L’AJCB existe depuis 2000 mais depuis un moment elle a commencé par ne plus se faire réellement sentir sur le terrain. Le bureau qui m’a précédé faisait un certain nombre d’activités mais il n’y avait pas une large communication autour. De fait, pour beaucoup cette association n’existait plus. Certains confrères ont même créé de nouvelles associations ou réseau de journalistes culturels. Il y en a pratiquement trois aujourd’hui indépendamment de l’AJCB. Tous ces réseaux sont nés il y a un, deux ou trois ans maximum. C’est au vu de tout cela que nous avons dit qu’il faut redonner du sang neuf à l’Association des Journalistes Culturels du Bénin, lui faire retrouver ses lettres de noblesse. Ce qui va changer, c’est déjà la communication. Ensuite la formation. Nous préparons déjà un certain nombre de projets et d’ici peu, il y aura une formation pour les journalistes culturels. Parce que nous allons mettre l’accent sur le renforcement des capacités des journalistes culturels. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a beaucoup de débats autour de cette question. Les publications des journalistes culturels ont souvent été l’objet de critiques. Nous allons mettre l’accent sur le professionnalisme, sur comment rendre les journalistes culturels vraiment professionnels, faire d’eux des critiques d’art.

Vous venez de le dire, d’autres réseaux et associations de journalistes culturels ont été mis sur pied parallèlement à l’AJCB. Pensez-vous que l’AJCB soit toujours légitime pour parler au nom de tous les journalistes culturels du Bénin ?

L’AJCB était, à une époque donnée, considérée comme l’association faîtière. Tous les journalistes culturels du Bénin se reconnaissaient membres de l’AJCB et avaient une fierté à se réclamer membre de cette association. Mais du moment où l’association a commencé par sommeiller et que certains ont vu qu’il y a des opportunités qu’ils peuvent capter à tel ou tel endroit s’ils se mettent en réseau, de nouveaux regroupements sont nés. Ceci met déjà en cause notre légitimité. Mais il faut dire que certains membres et responsables de ces réseaux étaient à l’assemblées générale dernière de l’AJCB. Cela veut dire que tout en ayant créé d’autres creusets, ils se reconnaissent toujours comme membre de l’association qui est la première, l’association mère. C’est par rapport à cela que nous avons dit que notre combat, c’est de ramener tout le monde à la maison qu’est l’AJCB. Nous n’allons pas combattre l’existence des réseaux qui sont nés, loin de là. Nous allons travailler avec eux et inviter chaque fois tout le monde autour de nos activités. Les réseaux aussi vont travailler suivant leurs objectifs. Ça ne nous empêche rien. Mais aujourd’hui, l’AJCB est toujours considérée comme l’association la plus forte. Si demain, on constate que ces structures s’imposent, nous pouvons aller à une fédération des journalistes culturels du Bénin. Mais pour l’heure, l’AJCB demeure l’association la plus forte et sans nul doute la plus légitime.

Ne se pose-t-il pas également le problème de l’appartenance des journalistes culturels béninois à l’association. Déjà qu’ils ne sont pas très nombreux. Pouvez nous dire aujourd’hui, combien de membres compte l’AJCB ?

A l’avant-dernière Assemblée Générale, on tournait autour de 40 membres, je crois bien. Mais je précise que ce chiffre correspond aux membres officiels. Sinon, tout journaliste culturel béninois se considère comme membre mais il y en a qui n’ont jamais fait les formalités de d’adhésion.
Devrions-nous considérer que nous avons au moins une quarantaine de journalistes culturels au Bénin ?

Oui, mais il faut nuancer. Il y a des organes où le patron ne permet pas au journaliste de se spécialiser rien que dans le traitement de l’information culturelle. Les collègues sont donc obligés d’animer à la fois les rubrique Culture, Société, Sport et autres. Mais nous travaillons de plus en plus à tendre vers la spécialisation.

Ceci nous amène à nous intéresser à la pratique du journalisme culturel au Bénin. Quel est l’état des lieux de ce secteur ?

J’avoue qu’il y a beaucoup de travail encore à faire. Il y a deux catégories de journalistes culturels au Bénin. Il y a des journalistes culturels qui ont un niveau de culture assez appréciable. Ils savent écrire, apprécier les œuvres et le démontre à travers leurs écrits et leurs productions, qu’ils soient de la presse écrite ou de l’audiovisuel. Mais à côté de ceux-là, il y a encore des journalistes culturels qui ont des difficultés à présenter de bons travaux. Ils n’arrivent toujours pas encore à démontrer à travers leur plume et leurs productions qu’ils ont de la matière …

Doit-on considérer cette deuxième catégorie de journalistes dont vous parlez comme des journalistes culturels puisque, comme vous le dites, ils ne maîtrisent pas les spécificités de leur domaine ?

Je comprends ce que vous dites mais le problème est à deux niveaux. Ils sont employés par des organes qui les considèrent comme des journalistes culturels et eux même se considèrent comme des journalistes culturels. Le débat s’est fait avec l’ancien bureau de l’association. Certains confrères ont été choqués qu’on leur fasse des reproches, qu’on les interpelle sur leur style. Cela a même amené des crises entres personnes. Il y a aussi qu’en venant dans le métier, on nous apprend que le journaliste, c’est quelqu’un qui va à la recherche de l’information, qui la traite et la diffuse. À partir de ce moment on ne peut pas leur denier le titre de journaliste culturel.

Il existe donc un problème de clarification du concept de ‘journaliste culturel’. Selon vous, qui peut-on considérer comme étant journaliste culturel au Bénin ?

Le journaliste culturel au Bénin, c’est ce journaliste qui va à la quête de l’information culturelle, qui la traite et la diffuse. Maintenant, le problème qui se pose est de savoir quelle est la qualité du traitement de cette information. Est-ce que la manière dont le journaliste traite l’information est vraiment professionnelle ? Tout le problème est à ce niveau. Et c’est pourquoi nous, au niveau de notre bureau, nous voulons mettre l’accent sur le renforcement des capacités. Nous allons initier avec des partenaires que nous sommes déjà en train de cibler, une série de formation sur l’écriture journalistique en matière de culture. Parce que le journalisme culturel est très complexe, c’est comme le journalisme sportif. Ce n’est pas parce qu’on a écrit une phrase sur une œuvre d’art ou qu’on a écrit une phrase sur un artiste, qu’on est journaliste culturel, non. Malheureusement, il est difficile de reprocher aux amis, un certain nombre de choses. C’est comme si on faisait le pédant. Nous aussi, on a été formé sur le tas. Aujourd’hui, je m’excuse de le dire, nos confrères viennent dans le métier parce qu’ils ont appris qu’on y gagne des perdiems. Cet aspect a tellement semé de la confusion au niveau d’un certain nombre de confrères que leur propre formation ne les préoccupe plus. Et cela se ressent dans les productions.

N’est-ce pas aussi parce qu’ils ne sont pas motivés ? Par exemple, par un prix que décernerait l’AJCB aux meilleurs journalistes culturels chaque année.

Nous avons ce projet. Mais je pense que le BGA (Benin Golden Awards, ndlr) essaie déjà quelque chose par rapport à cela. Nous avons ce projet mais pas pour 2012 parce que nous venons de prendre les rennes et nous voulons nous occuper d’autres priorités pour l’heure. Mais je pense qu’en 2013, nous allons lancer cela. Et ce sera une rencontre très conviviale où on va se dire des choses entre journalistes culturels.

Selon certains journalistes culturels, l’autre chose qui fait défaut à l’association est sans nul doute un site internet pour relayer les publications de ses membres. Comptez-vous y remédier ?

Oui. Même si nous avons pris les rênes de l’association il n’y a pas si longtemps que ça, nous y pensons. Nous venons d’ailleurs de créer une page Facebook pour l’association où beaucoup de personnes s’inscrivent déjà. L’association avait un forum d’échanges qui est maintenu. Nous sommes en train de rechercher un partenariat pour mettre en place le site de l’association. Je puis vous dire que ce sera effectif cette année.

En 2008, l’AJCB a pris une part active dans l’animation d’un portail d’informations culturelles mis en ligne dans le cadre du PSICD (Programme de Soutien aux Initiatives Culturelles Décentralisées) de l’Union Européenne. A la fin du programme, ce portail a été remis au Ministère de la Culture pour sa pérennisation. Mais déjà dans la salle, vous disiez que cet acte signifiait la mort du site. Aujourd’hui, le site n’existe plus. Quelle est la part de responsabilité de l’AJCB ?

Quand le portail culturel Artbenin.com a été remis à la Directrice Adjointe de Cabinet du Ministère de la Culture d’alors (Mme Sylvie Do Rego, ndlr), j’ai effectivement dit que ce site était parti pour disparaître. Mais dans la salle, elle a rassuré tout le monde. Elle a promis que quelques semaines plus tard, elle allait rencontrer tous les acteurs pour discuter de comment animer le site. Tous les trois mois jour pour jour après cette cérémonie, je publiais un article pour rappeler à tous que le site s’en va disparaître. Je l’ai fait après trois, six et neuf mois. Le jour où le site a disparu, je l’ai encore écrit. C’était un combat individuel et je n’étais même pas responsable au sein de l’AJCB. C’est après la disparition du site que les responsables de l’association se sont mobilisés pour écrire au Ministre de la Culture d’alors (Galiou Soglo, ndlr) et ils ont été reçus en audience. J’étais aussi à cette audience car ils m’ont invité. A cette rencontre, le ministre a fait les mêmes promesses que sa DAC. Mais rien n’a bougé avant son départ du gouvernement. Mais je crois que le site est en train de renaître. L’association qui doit le gérer est connue et a déjà signé un contrat. Il s’agit de Innov’art Bénin. Et pour l’animation en information, Innov’art Bénin a fait appel à l’AJCB et aux autres réseaux de journalistes culturels qui se mettront à la tâche pour pourvoir le site en information.
Sur quoi voulez-vous être évalué à la fin de votre mandat ?

Au moment où je me portais candidat à poste, j’ai élaboré un mini mémoire que j’ai distribué à tous les participants. Un document qui parle des priorités de mon bureau. Et j’ai dit que je souhaite être évalué par rapport à ce document. Nous allons renforcer les capacités des journalistes culturels, nous allons leur redonner confiance par rapport à l’AJCB et nous allons amener les acteurs culturels à les respecter.

Propos recueillis par Eustache AGBOTON (www.benincultures.com)